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Comprendre le nom des postures de yoga

Décrypter le sanskrit pour enrichir sa pratique


Les noms des postures de yoga peuvent sembler mystérieux, complexes, parfois même intimidants. Pourtant, derrière ces termes en sanskrit se cache une logique claire et fascinante.

Comprendre la construction des noms d’āsanas permet non seulement de mieux mémoriser les postures, mais aussi d’approfondir sa connexion à la tradition du yoga.


Dans cet article, je vous propose un guide simple pour décoder ces appellations et révéler la cohérence qui les structure. 



Gros plan sur un manuscrit en sanskrit

1. Le mot « āsana » : une assise avant d’être une posture


La plupart des noms de postures se terminent par āsana. Ce mot signifie à l’origine « siège », « assise », « manière de s’asseoir ».

Dans les Yoga Sutra, attribués à Patanjali (IIe siècle av. ou ap. J.-C., selon les historiens), l’āsana est défini comme une posture « stable et confortable » (sthira sukham āsanam). À cette époque, il s’agit principalement de positions méditatives, non d’un vaste catalogue postural.


Les textes plus tardifs du Hatha Yoga, comme la Hatha Yoga Pradipika ou la Gheranda Samhita, mentionnent davantage de postures, mais restent loin des centaines d’āsanas pratiquées aujourd’hui.

Ainsi, lorsque nous prononçons le nom complet d’une posture, le mot āsana en est souvent le noyau central. Le reste du nom vient le préciser.






2. Une langue de composition : comprendre la logique des mots assemblés


Le sanskrit fonctionne largement par composition de mots. On appelle cela des composés nominaux (samāsa).

Contrairement au français, qui relie les mots par des prépositions, le sanskrit les assemble directement. Deux termes juxtaposés forment un nouveau mot porteur de sens.


Par exemple : Adho Mukha Śvānāsana

  • Adho = vers le bas

  • Mukha = visage

  • Śvāna = chien

  • Āsana = posture / assise

Littéralement : la posture du chien tête en bas.


Adho Mukha Śvānāsana - chien tête en bas

Pour décrypter un nom, il est souvent utile de le lire de droite à gauche : le dernier mot est le terme principal (āsana), et les éléments précédents le qualifient.

Cette logique permet de comprendre rapidement des postures complexes si l’on connaît quelques racines de base.


3. Les postures inspirées du monde animal


Beaucoup d’āsanas empruntent leur nom au monde animal, végétal ou naturel.


Quelques exemples :

  • Bhujangāsana : Bhujanga signifie serpent → posture du cobra

    Elle évoque la vigilance et la puissance latente.

  • Vṛkṣāsana : Vṛkṣa signifie arbre → posture de l’arbre

    Elle symbolise l’enracinement et la verticalité.

  • Matsyāsana : Matsya signifie poisson

    Associée à la fluidité et à la respiration.

  • Garudāsana : Garuda est l’aigle mythologique.

    Elle renvoie à la concentration et à l’enveloppement.


Ces références ne sont pas uniquement descriptives : elles invitent à incarner les qualités associées à l’animal.


4. Les postures inspirées des sages et figures mythologiques


Certaines āsanas rendent hommage à des sages (ṛṣi) ou à des figures issues de la mythologie indienne.

  • Vasiṣṭhāsana - Nommée d’après le sage Vasiṣṭha.

    Une posture d’équilibre latéral engageant stabilité et maîtrise.

  • Hanumānāsana - Inspirée du dieu-singe Hanuman.

    Le grand écart évoque son saut mythique au-dessus de l’océan.

  • Bharadvājāsana - Du nom du sage Bharadvāja.

    Une torsion assise liée à la sagesse et à la réflexion.


Ces noms inscrivent la pratique dans un récit culturel et symbolique plus vaste.


Variante de Vasiṣṭhāsana

Une posture d’équilibre latéral engageant stabilité et maîtrise.


5. Les qualificatifs : variations et précisions


Un même mot racine peut être précédé d’un adjectif qui en précise la forme.


Voici quelques qualificatifs fréquents :

  • Ardha = demi

  • Utthita = étendu

  • Parivrtta = tourné

  • Supta = allongé

  • Baddha = lié


Exemple :

  • Ardha Chandrāsana

    Ardha = demi + Chandra = lune

    → posture de la demi-lune.


  • Parivrtta Trikonāsana

    Parivrtta = en rotation + Trikona = triangle

    → posture du triangle en torsion.


Ces qualificatifs permettent de distinguer des variantes sans changer complètement le nom de base.


6. Les postures chiffrées


Certains noms intègrent un nombre, ce qui apporte une précision structurelle.

Termes fréquents :

  • Eka = un

  • Dvi = deux

  • Tri = trois

  • Chatur = quatre

  • Sapta = sept


Exemple :

  • Eka Pada Rājakapotāsana

    Eka = un

    Pada = pied / jambe

    Rāja = roiKapota = pigeon

Il s’agit du pigeon royal à une jambe.


Ces précisions permettent de comprendre immédiatement la structure corporelle impliquée.


7. Les postures descriptives : le corps comme référence


Certaines āsanas décrivent directement la forme géométrique ou la partie du corps engagée.

  • Trikonāsana

    Trikona = triangle

    → posture du triangle


  • Paścimottānāsana

    Paścima = ouest (symboliquement l’arrière du corps)

    Uttāna = étirement intense

    → étirement intense de la face postérieure


  • Setu Bandha Sarvāṅgāsana

    Setu = pont

    Bandha = lien

    Sarva = tout

    Aṅga = membre


Le nom peut sembler long, mais chaque élément a une fonction descriptive.


8. L’évolution historique des noms


Les textes anciens recensent relativement peu de postures comparé à l’époque moderne.

La Hatha Yoga Pradipika mentionne environ 15 āsanas majeures. La Gheranda Samhita en décrit davantage, mais nous sommes encore loin des centaines pratiquées aujourd’hui.

Le yoga postural contemporain s’est développé au XXe siècle, intégrant gymnastique, culture physique et pédagogie moderne. Les noms ont été adaptés, précisés ou parfois simplifiés selon les écoles (Iyengar, Ashtanga, Hatha traditionnel…). Il n’est donc pas rare qu’une posture ait plusieurs appellations.


Cela rappelle que la nomenclature a évolué avec le temps.



9. Pourquoi apprendre le sens des noms ?


Comprendre le nom d’une posture permet :

  • d’améliorer la mémorisation

  • d’enseigner avec plus de précision

  • d’éviter les confusions entre variantes

  • de se connecter à la tradition

  • de donner une intention plus consciente à la posture


Pour un professeur, expliquer le sens du mot peut transformer l’expérience des élèves.

Par exemple, savoir que Vṛkṣāsana signifie « arbre » peut inviter à travailler l’enracinement plutôt que simplement l’équilibre.


10. Une porte vers la culture du yoga


Le sanskrit est une langue ancienne, mais son usage dans le yoga moderne n’a pas pour vocation d’impressionner. Il s’agit plutôt de préserver une continuité culturelle.

Explorer la logique des noms permet de sortir d’une pratique purement physique et de renouer avec la dimension symbolique et philosophique du yoga.


Chaque āsana porte une image. Chaque image suggère une qualité. Chaque qualité peut transformer la manière dont nous habitons la posture.


Conclusion


Les noms des postures de yoga ne sont pas de simples étiquettes exotiques. Ils obéissent à une logique linguistique précise : composition, qualification, numérotation, symbolique animale ou mythologique.

Comprendre cette structure permet de démystifier le sanskrit et d’entrer plus profondément dans la pratique.

Décoder un nom, c’est déjà méditer sur son sens. Et dans cette compréhension, le geste devient plus conscient.


Sources
  • Yoga Sutra – attribué à Patanjali
  • Hatha Yoga Pradipika
  • Gheranda Samhita
  • Monier-Williams, Sanskrit-English Dictionary
  • Georg Feuerstein, The Yoga Tradition
 
 
 

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